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Drogues (et autres complications) : le débat interdit

Communiqués de presse, publié le 16 octobre 2012, mis à jour le 16 octobre 2012

L’inévitable « polémique » suscitée par les dernières déclarations du ministre de l’Education nationale en faveur de la dépénalisation de l’usage du cannabis illustre à la perfection l’état du débat public sur ce qu’il est convenu d’appeler les « questions de société  » : proche de zéro.

Aux palabres périphériques, ici sur la nécessité et les limites de la discipline gouvernementale, répond la mise en scène instantanée de l’éternelle joute stérile entre les « pour » et les « contre ». Le résultat est connu d’avance : on ne changera rien.

Ce n’est pourtant pas la matière qui manque ! Etudes scientifiques, rapports parlementaires, expérimentations, alertes et réflexions sont légion, en ce domaine comme dans d’autres, en France comme dans d’autres pays. Mais tout se passe comme si, pour ces sujets, le passage de la « société civile » à la société politique était interdit, ou du moins si dangereusement « sensible » qu’il serait « raisonnable » d’y faire obstacle. Confortable et triste routine conservatrice…

Pis, alors que les clivages à gauche sont moins nets sur ces questions que sur d’autres – en particulier sur le front économique et social –, le pouvoir issu des dernières élections, pourtant né d’un désir de nouveauté, se montre particulièrement frileux. Droits des étrangers (droit de vote notamment), homoparentalité, lutte contre les contrôles d’identité discriminatoires, protection de l’environnement… : autant de préoccupations légitimes dont on ne s’occupe pas, ou si peu. Trop « compliqué », sans doute, pour un gouvernement désireux de ménager… mais quoi au juste ? La société comme il l’affirme, ou sa propre tranquillité ?

Et voici que le premier ministre, tout à son souci d’affirmer son autorité, enterre en une phrase le débat sur les drogues, il est vrai bien mal réactivé : « Il n’y aura pas de dépénalisation », silence dans les rangs.

On ne parlera donc pas, ou pas plus de quelques heures, de la dépénalisation de l’usage et de la détention de petites quantités de drogues mise en œuvre depuis 2000 au Portugal – où le pourcentage de consommateurs est devenu l’un des plus faibles d’Europe. On ne parlera pas non plus du rapport publié en juin 2011 par la Commission mondiale pour la politique des drogues soulignant que « la guerre globale à la drogue a échoué, avec des conséquences dévastatrices pour les individus et les sociétés à travers le monde », appelant à faire cesser « la criminalisation et la stigmatisation des usagers de drogues qui ne font pas de mal à autrui » et réclamant notamment la dépénalisation du cannabis. On ne parlera pas davantage des recommandations émises en juillet 2011 par un groupe de travail composé de parlementaires, alors d’opposition, prônant la légalisation contrôlée du cannabis dans un rapport intitulé « Pour mieux lutter contre le cannabis : sortir de l’hypocrisie ». Il est vrai que l’hypocrisie a quelque chose de rassurant…

Le Syndicat de la magistrature, quant à lui, n’a pas fui cette réalité, à laquelle les magistrats sont certes quotidiennement confrontés : des consommations en expansion continue et de lourds dégâts sanitaires et sociaux. Il a débattu de ces questions, en son sein et avec d’autres – car nombreux sont ceux qui travaillent sur ce thème –, pour aboutir, en novembre 2011, lors de son 45ème congrès, à prendre position « pour une nouvelle politique des drogues » articulée principalement autour de trois propositions tournant résolument le dos au dogme inefficace de l’exclusion des usagers de drogues :

  • renforcement de la politique publique de réduction des risques, notamment par l’ouverture de salles de consommation supervisée ;
  • légalisation contrôlée du cannabis ;
  • dépénalisation de l’usage de toutes les drogues.

Le gouvernement, on l’aura compris, ne veut pas en entendre parler. Mais il existe un parlement, non ?

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