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Escalade électoraliste : jusqu’où ?

Communiqués de presse, publié le 26 avril 2012, mis à jour le 4 mai 2012

En manifestant hier soir sur les Champs Elysées en soutien à l’un de leurs collègues mis en examen pour homicide volontaire, les policiers ont d’abord exprimé une colère qui traduit le profond malaise que connaissent les forces de l’ordre - police et gendarmerie confondues - depuis plusieurs années.

Exerçant des fonctions particulièrement exposées, au contact des réalités sociales les plus dures, ils subissent en outre une dégradation importante de leurs conditions de travail : fonte drastique des effectifs, y compris sur la voie publique, pressions d’une politique du chiffre aussi insensée qu’inefficace, effets pervers de la suppression de la police de proximité et de toute politique de prévention de la délinquance...

A qui la faute ? Le président sortant, d’abord ministre de l’Intérieur de 2002 à 2007, porte la lourde responsabilité de ce bilan catastrophique.

Le malaise légitime des policiers ne doit donc pas se tromper de cible : il n’est pas acceptable dans un Etat de droit, alors qu’une information judiciaire est en cours, que des policiers et des élus de la République exercent des pressions sur la justice.

Et pourtant, dès hier, faisant mine d’ignorer qu’une mise en examen n’est pas une déclaration de culpabilité, l’UMP s’en prenait aux magistrats, accusant « certains juges » de n’appliquer que « la présomption de culpabilité » à l’égard des policiers et affirmant que les « voyous en Seine-Saint-Denis bénéficient trop souvent eux de la culture de l’excuse ».

Quant au ministre de l’Intérieur, faisant fi de certains éléments de l’enquête – un témoignage contredisant la version du policier et une balle mortelle tirée dans le dos selon l’autopsie –, il croit pouvoir affirmer péremptoirement que ce fonctionnaire a agi en état de légitime défense et souhaite que le parquet « fasse appel » de cette décision…

Pire, le candidat Nicolas Sarkozy, lors d’une réunion publique au Raincy, utilise sans vergogne cette affaire dans le cadre de sa stratégie d’entre deux tours de récupération des voix du Front National : il va directement piocher dans le programme de Marine Le Pen sa proposition de création d’une « présomption de légitime défense » en faveur des policiers, au motif que « l’on ne peut pas mettre sur le même plan un policier dans l’exercice de ses fonctions et un délinquant dans l’exercice de ses fonctions à lui ».

Le candidat-président fait semblant d’ignorer que ce policier, comme toute personne mise en examen, bénéficie de la présomption d’innocence et que la question de la légitime défense sera nécessairement examinée au cours de l’instruction.

A moins, plus inquiétant, qu’il ne s’agisse de créer une présomption « absolue » de légitime défense au profit des policiers, idée que son propre ministre de l’intérieur, Claude Guéant, avait rejetée en la qualifiant lui-même en janvier dernier de « permis de tuer ».

Le Syndicat de la magistrature affirme son soutien aux magistrats du tribunal de Bobigny. Il s’insurge contre cette instrumentalisation indigne du malaise des policiers, et qui remet en cause les fondements de l’Etat de droit.

Le Syndicat de la magistrature condamne cette escalade électoraliste vers l’extrême droite, saluée par Marine Le Pen comme une « victoire idéologique du Front national ».

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