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Evacuation d’un campement de Roms à la veille d’une décision de justice : c’est ça le changement ?

Communiqués de presse, publié le 28 août 2012, mis à jour le 3 septembre 2012

Les brigades du « Tigre » Manuel Valls – comme le surnomme désormais Le Monde – ont encore frappé lundi 27 août au petit matin en expulsant 72 personnes d’un campement de Roms installé depuis plus de quatre mois sur la commune d’Evry : intervention précipitée puisque le juge des référés, saisi par le propriétaire des lieux, devait se prononcer sur la demande d’expulsion le lendemain ; quant à la question du relogement des intéressés, elle a été abandonnée aux bons soins de la Croix-Rouge…

Cette évacuation s’inscrit dans une série d’opérations de police menées depuis le début de l’été, à la demande du ministre de l’Intérieur, partisan d’une politique dite de « fermeté » ayant conduit à l’évacuation-destruction de nombreux campements et à l’expulsion hors de notre territoire de plusieurs dizaines de Roms, sur fond de stigmatisation – chiffres farfelus à l’appui (ceux-là même que brandissait Brice Hortefeux en son temps) – de la « délinquance roumaine » (la police tiendrait-elle donc des « statistiques ethniques » ?)

Ces opérations ont d’ailleurs valu à la France le 10 août dernier, comme ce fut déjà le cas en 2010 après l’abject « discours de Grenoble » – qui avait fort justement soulevé l’indignation de l’actuelle majorité – d’être placée sous surveillance par la Commission européenne. Viviane Redding, commissaire à la justice, a notamment déclaré que la France devait décider de « mesures concrètes » et de « financements précis » pour améliorer le sort des Roms.

La politique du gouvernement à l’égard des Roms, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, semble donc s’inscrire largement dans la continuité de celle de Nicolas Sarkozy, invocation permanente de « la République » comprise.

Brutalité des évacuations et expulsions, avant toute décision de justice en l’espèce – ce qui, selon le président de l’Association de Solidarité en Essonne aux Familles Roumaines (ASEFR), constitue même une première, avec l’alibi d’un danger imminent pour les personnes installées sur les lieux… depuis plusieurs mois !
Absence de mesures en faveur des personnes ainsi délogées en dépit des promesses d’améliorer le sort des Roms et d’agir avec « humanité » à leur égard.

Certes, suite à la réunion interministérielle du 22 août dernier, un « assouplissement » des « mesures transitoires » applicables aux personnes originaires de Roumanie et de Bulgarie – suppression de la taxe due par les employeurs, élargissement de la liste des métiers auxquels elles ont accès – a été décidé pour « faciliter leur insertion par le travail », mais quelle insertion possible sans logement stable et durable ? Quelle scolarisation pour les enfants ballottés de campement en campement, au mieux d’hôtel social en hôtel social ?

Faut-il rappeler que, depuis 2007, les Roms, pour la plupart d’entre eux Bulgares ou Roumains, sont devenus citoyens européens ;

Que s’ils font l’objet de politiques discriminatoires dans leurs pays d’origine contre lesquelles l’Europe doit se mobiliser, cette situation ne saurait justifier – bien au contraire ! – des politiques de même nature dans les pays « d’accueil » ;

Que le maintien des mesures transitoires, même assouplies, favorise le travail clandestin et l’exploitation de ces populations fragilisées ;

Que les évacuations et expulsions, loin de régler la question sanitaire posée, ne font que déplacer le problème ;

Que cette politique injuste et inefficace est aussi extrêmement coûteuse (Christophe Deltombe, président d’Emmaüs France, la chiffre à 100 millions d’euros par an, cf. Le Monde du 14 août) ;

Que, toujours selon le président d’Emmaüs France, des budgets qui permettraient la mise en oeuvre de réelles politiques d’insertion économique et sociale dans le cadre du Fonds européen de développement régional, telles que la création de structures d’habitat adapté temporaires, sont disponibles et inutilisés ?

Il est urgent de mettre fin à cette politique d’affichage et d’étiquetage. Les Roms ne doivent plus être traités comme des sous-citoyens européens.

Le Syndicat de la magistrature demande en conséquence qu’il soit mis fin immédiatement aux mesures discriminatoires qui privent les Roms d’une partie des droits reconnus à tout citoyen européen en France.

Il réclame la mise en oeuvre d’un plan d’urgence pour assurer le relogement durable de ces populations dont nul ne saurait accepter les conditions de vie indignes.

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