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Jean-Claude Magendie : enfin la quille !

Communiqués de presse, publié le 15 avril 2010, mis à jour le 15 avril 2010

« J’ai, très tôt, eu la vision de l’illusion du pouvoir. Soit le pouvoir est un instrument psychologique d’affirmation de soi à travers la domination des autres, soit il est un moyen d’agir au service des autres. Pour moi, il n’y a que le second choix qui vaille. »

« Le métier de magistrat ne m’a pas déçu, bien que j’eusse rêvé, parfois, d’une fonction au-dessus de celle que j’ai découverte. »

Jean-Claude Magendie, sincère et modeste

(Le Nouvel Economiste, 28 janvier-3 février 2010)

Certainement déçu de n’avoir pas réussi à décrocher le portefeuille de ministre - ou sous-ministre - de la Justice, ni même un fauteuil au Conseil constitutionnel, Jean-Claude Magendie, premier président de la Cour d’appel de Paris, partira finalement à la retraite le 30 avril prochain.

Il est ainsi bien mal récompensé de ses bons et surtout loyaux services. Pourtant, en juillet 2007, le Président de la République avait assisté en personne à son installation comme premier président de la Cour d’appel de Paris, ce qui ne s’était pas vu depuis plus d’un siècle dans les rituels républicains. Il est vrai que, pour reprendre la formule de son hagiographe au Nouvel Economiste, « sa complicité avec Nicolas Sarkozy ne date pas d’hier ». Ou, comme il le dit lui-même : « Le Président de la République m’honore de sa confiance. C’est quelqu’un de courageux, d’extrêmement ouvert aux autres et généreux. J’ai beaucoup de respect pour lui ». Belle manifestation d’indépendance !

Après une carrière essentiellement passée sous les ors de la Cour de cassation et de la Chancellerie, le plus souvent parée de l’hermine hiérarchique, c’est précisément dans ses dernières fonctions parisiennes que Jean-Claude Magendie s’est illustré comme manager de la « révision générale des politiques publiques », en soldat zélé de l’idéologie néo-libérale appliquée à l’institution judiciaire.

C’est ainsi qu’on lui doit la constitution à marche forcée de « pôles » d’activités juridictionnelles et l’ambiance… polaire qui règne désormais à la cour. Faisant preuve d’une brutalité et d’un autoritarisme surprenant pour ce chantre autoproclamé de la médiation et du dialogue social, il s’est acharné à éliminer de la présidence de certaines chambres ou de la cour d’assises des magistrats dont les compétences et l’expérience professionnelles étaient pourtant reconnues, mais qui avaient le malheur de déplaire au pouvoir ou, ce qui revient au même, de lui déplaire. Il laisse finalement derrière lui une juridiction désorganisée, dont les délais de traitement sont excessivement longs dans certains contentieux, et des magistrats et fonctionnaires découragés.

Grand donneur de leçons de déontologie adressées à l’ensemble des magistrats, on regrettera que M. Magendie ait négligé de se les appliquer à lui-même. Outre ses liens de proximité avec le pouvoir exécutif et son approbation affichée des réformes gouvernementales - comme celle visant à supprimer le juge d’instruction sans contrepartie sérieuse - il a su également se concilier les bonnes grâces du monde des affaires.

Ainsi, en décembre 2009, il a pris l’initiative d’organiser à la Cour d’appel de Paris un colloque bling-bling intitulé « La justice et la crise » auquel il n’a jugé utile de convier que des chefs d’entreprise et des représentants du monde de la finance. Il est certain que les effets dévastateurs de la crise sociale n’intéressent guère celui pour qui la Justice, dans une conception toute libérale, doit avant tout être efficace, rapide et prévisible dans ses décisions pour favoriser l’activité économique. Gageons que ces clins d’œil appuyés aux milieux d’affaires ont fini par payer puisque M. Magendie, à peine retraité de la magistrature, est en passe d’obtenir un « golden parachute » au conseil de surveillance du groupe Lagardère.

Drôle de conception de l’impartialité et de l’indépendance des magistrats, décidément, pour celui qui avait la charge, lorsqu’il présidait aux destinées du tribunal de Paris, de désigner les juges d’instruction dans des dossiers comme celui d’E.A.D.S. !

Lors d’un dernier tour de piste, à l’occasion de l’installation récente du procureur général de Paris, celui que le Nouvel Economiste décrit comme « le fruit d’un doux mélange, solaire et tragique » (sic) s’est illustré une fois de plus par ses propos violemment anti-syndicaux, visant comme à son habitude le Syndicat de la magistrature, « forme dévoyée du syndicalisme judiciaire, procédant d’une confusion entre combat politique et défense des intérêts de la justice »…

Fier de son combat pour la Justice et les libertés, le Syndicat de la magistrature se réjouit aujourd’hui de pouvoir dire adieu à M. Magendie.

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