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Le sort inacceptable des mineurs étrangers isolés dans le 93

Communiqués collectifs

Communiqués de presse, publié le 7 octobre 2011, mis à jour le 7 octobre 2011

Le conseil général de Seine-Saint-Denis a décidé de ne plus prendre en charge les mineurs étrangers isolés faisant l’objet d’une ordonnance de placement par l’autorité judiciaire et ce, afin d’obtenir un soutien de l’Etat.

Ces mineurs se trouvent par conséquent dans une situation inacceptable.

Ci-joint : la note adressée le 31 août au personnel de l’aide sociale à l’enfance par la direction générale des services du conseil général du 93.

Ci-dessous :

  • une déclaration signée par sept sections locales d’organisations syndicales d’éducateurs, de fonctionnaires et de magistrats, dont la section du TGI de Bobigny du Syndicat de la magistrature, qui appelle l’Etat à assurer en urgence l’hébergement de ces mineurs ;
  • un communiqué signé par sept organisations associatives et syndicales, dont le Syndicat de la magistrature, qui dénonce l’illégalité de la décision du conseil général et ses conséquences dramatiques pour les mineurs ainsi abandonnés.

DECLARATION COMMUNE

Bobigny, le 5 octobre 2011

Comme il l’avait annoncé, depuis le 1er septembre 2011, le Conseil Général de Seine St Denis a décidé de ne plus prendre en charge les mineurs étrangers isolés faisant l’objet d’une ordonnance de placement par l’autorité judiciaire, ne souhaitant plus assumer seul le coût de cette prise en charge et appelant à un engagement financier et humain de l’Etat.

Depuis cette date, quotidiennement, des mineurs isolés étrangers, en provenance de divers pays du globe, se présentent au tribunal de grande instance de Bobigny. Leurs situations sont évaluées individuellement par des éducateurs, le Procureur de la République et le Juge des enfants constatent leur situation de danger et prennent des décisions de placement qui restent sans effet, faute de prise en charge. Après avoir passé leur journée dans les salles d’attente du tribunal pour enfants ou dans la salle des pas perdus, à 18h, chaque soir, ces mineurs sont donc renvoyés à la rue avec un ticket de métro et des tickets restaurant, sans solution d’hébergement. La plupart passent la nuit dehors et reviennent le lendemain au tribunal dans l’espoir d’une solution d’hébergement. Cette semaine, une vingtaine de mineurs s’en sont retournés à la rue.

Les sections syndicales signataires, regroupant éducateurs, fonctionnaires et magistrats du tribunal de grande instance de Bobigny, souhaitent exprimer leur vive inquiétude : cet état de fait aggrave encore la situation de danger de ces mineurs. Les professionnels qui les côtoient au quotidien et qui tentent, avec humanité, de les aider sont confrontés à des problèmes humains insolubles.

Ces adolescents doivent être traités dignement et protégés, et ne peuvent plus longtemps être renvoyés à la rue, en violation des toutes les règles fondamentales et internationales relatives aux droits de l’enfant. Face à cette situation d’urgence, et dans l’attente d’une issue politique, l’Etat doit assurer, temporairement, un hébergement d’urgence à ces mineurs en danger sur le territoire français.

L’intersyndicale demande donc que des nuits d’hôtels soient débloquées de toute urgence pour ces mineurs, le temps qu’une solution politique soit trouvée.

Signataires :

SNPES-PJJ-FSU-93

Syndicat de la Magistrature - section du tribunal de grande instance de Bobigny

Union Syndicale des Magistrats – section du tribunal de grande instance de Bobigny

Syndicat des Avocats de France – section de Bobigny

CGT des services judiciaires et des chancelleries - 93

CGT – PJJ - 93

CFDT - INTERCO

Action collective

Pas d’enfants à la rue pour faire pression sur l’État !

Saisine de la juridiction administrative contre la décision du conseil général de la Seine-Saint-Denis concernant les mineurs isolés étrangers

Le 25 juillet 2011, Claude Bartolone, président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, annonçait, qu’à compter du 1er septembre, les mineurs isolés étrangers ne seraient plus accueillis dans son département au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

« La solidarité départementale ne peut plus se substituer à la solidarité nationale », pouvait-on lire dans un communiqué de presse expliquant que le conseil général n’était plus en mesure de faire face à l’afflux de mineurs. Cette annonce estivale n’était pas un coup de bluff destiné à faire pression sur un gouvernement particulièrement hostile aux étrangers et notamment aux plus fragiles d’entre eux.

En effet, par une note de service du directeur général adjoint du conseil général, datée du 31 août, la menace était mise à exécution dans des termes manifestement illégaux.

Outre la suspension de l’accueil des nouveaux arrivants, cette note prévoyait aussi de ne pas respecter les décisions des parquets et des juges des enfants confiant des mineurs isolés à l’ASE. Ces instructions discriminatoires ont été suivies d’effets : depuis quelques semaines, ce sont des dizaines de mineurs supplémentaires qui dorment dans la rue alors qu’ils devraient être pris en charge par l’ASE.

Les déclarations du préfet de la Seine-Saint-Denis annonçant, le 22 septembre, vouloir « œuvrer à une répartition plus équitable et homogène de l’accueil des mineurs étrangers » n’y ont rien changé. Elles n’ont certes pas été accompagnées de projets concrets de réforme alors que de véritables propositions, émanant du milieu associatif mais aussi du rapport rendu par la sénatrice UMP Isabelle Debré, en mai 2010, ont déjà été avancées : révision à la hausse des montants financiers attribués aux départements, mutualisation de certains moyens, plate-forme régionale d’accueil... Plusieurs solutions sont envisageables dès lors qu’elles n’aboutissent pas à la mise place d’un régime de protection de l’enfance à deux vitesses, avec un dispositif de droit commun inchangé et un dispositif dérogatoire « spécial mineurs isolés étrangers ». Ces solutions doivent s’inscrire clairement dans le cadre d’une solidarité et d’une politique nationales, c’est pourquoi il est urgent que le ministre de la Justice, coordonnateur de ce dossier, prenne l’initiative d’une table ronde avec les services de l’État, les représentants des conseils généraux, le réseau associatif et les professionnels pour adopter enfin une stratégie concertée et de dimension nationale qui permettrait à la France de respecter ses engagements internationaux.

Il est indéniable que l’accueil de ces mineurs pèse lourdement sur le budget de quelques départements, dont celui de la Seine-Saint-Denis qui reçoit une grande partie de ceux entrés par l’aéroport de Roissy. L’État, signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’assume pas ses obligations, même si, dans l’état actuel du droit, c’est effectivement aux conseils généraux qu’il revient de prendre en charge tous les enfants en danger présents sur leur territoire. Aucune distinction selon la nationalité ne peut être opérée.

Laisser des enfants à la rue dans le seul but de faire pression sur le gouvernement relève de pratiques contraires à la dignité humaine, à l’obligation de protection de l’enfance comme le prévoit le code de l’action sociale et des familles, et des pires formes de la politique d’inhospitalité, quelles que puissent être les raisons avancées. C’est pourquoi, les organisations sous-signées entendent attaquer devant la juridiction administrative la note de service du 31 août et obtenir son annulation. Elles étudient également la possibilité de soulever par toute voie de droit la mise en danger de mineurs dépourvus de prise en charge.

Les déficiences en matière d’accueil des mineurs isolés étrangers ne concernent pas seulement la Seine-Saint-Denis qui s’était jusque-là efforcée bon an mal an de répondre à sa mission de protection. Les stratégies de dissuasion mises en place dans d’autres départements sont moins visibles que l’annonce de M. Bartolone mais elles ne sont pas plus acceptables. Rendez-vous à répétition, contestations systématiques de l’âge, « mises à l’abri » dans des chambres d’hôtel sans suivi éducatif, appels contre les décisions des juges des enfants, etc. sont autant de mesures destinées à ne pas assumer les obligations légales en matière de protection et de prise en charge des mineurs isolés.

Les organisations sous-signées sont prêtes à soutenir les demandes de péréquation financière et de contribution étatique pour peu qu’elles soient accompagnées d’une véritable reconnaissance des droits des mineurs isolés. Mais, en aucun cas, elles n’accepteront que des enfants fassent les frais du bras de fer qui oppose certaines collectivités locales au gouvernement actuel.

Le 7 octobre 2011

Organisations signataires :

Gisti

Hors la rue

La Voix De l’Enfant

Ligue des droits de l’Homme

Mrap

Sud Collectivités territoriales du CG 93

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