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Les leçons de déontologie du procureur Courroye

Communiqués de presse, publié le 18 décembre 2009, mis à jour le 20 janvier 2010

Dans un long courrier daté du 7 décembre 2009, le procureur de la République de Nanterre a entrepris de dénoncer à la présidente du tribunal de prétendus « graves manquements » professionnels d’Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 15ème chambre correctionnelle.

Cette magistrate a été convoquée et sommée de s’expliquer devant sa hiérarchie, qui a refusé qu’elle soit accompagnée par un représentant syndical.

Pour le Syndicat de la Magistrature, il est inadmissible qu’un magistrat du parquet s’autorise à exiger des sanctions contre la présidente d’une audience correctionnelle.

Il n’est pas davantage acceptable que la hiérarchie du siège lui emboîte le pas aussi promptement en refusant qu’Isabelle Prévost- Desprez soit assistée d’un représentant syndical.

Si l’on s’en tient aux articles de presse relatifs à cette invraisemblable affaire, les griefs adressés à Isabelle Prévost- Desprez valent leur pesant de règlement de comptes : « réflexions critiques et manifestement désobligeantes sur la politique pénale du parquet de Nanterre », « critiques visant notamment le choix procédural de la citation directe préférée à l’ouverture d’une information judiciaire »… Ainsi, le président du tribunal correctionnel, selon Monsieur Courroye, ne devrait avoir aucun regard critique sur la façon dont une enquête se présente devant sa juridiction.

Or, s’agissant des dossiers visés, ils se rapportent étrangement à des affaires pouvant mettre en cause des proches du pouvoir : Manuel Aeschlimann, Isabelle Balkany et Nicolas Sarkozy lui-même.

Ce qui semble agacer le très indépendant procureur de Nanterre, c’est qu’un juge conserve sa liberté de ton lorsque les noms de personnalités politiques de l’UMP sont mentionnés dans une procédure.

Les éléments de preuves qui ont motivé le procureur à « poursuivre » Isabelle Prévost-Desprez ne sont pas moins consternants : attestations signées par les subordonnés de Philippe Courroye, bruits de couloirs, rumeurs de palais…

Cette leçon de déontologie prêterait à rire si elle n’était administrée par un homme qui, à plusieurs reprises, a dîné avec des personnes impliquées dans des dossiers dont il avait la charge, s’est fait décorer de l’ordre national du mérite par le président de la République quelques mois après avoir classé sans suite l’affaire dite de l’appartement de l’île de la Jatte, et dont la gestion des affaires sensibles ne cesse d’être stigmatisée.

Fort de ses relations politiques affichées, Philippe Courroye se croit désormais invulnérable. Le fait que le Conseil supérieur de la magistrature ait considéré, en 2007, qu’il n’était pas suffisamment expérimenté pour devenir procureur de la République de Nanterre ne l’incite nullement à la modestie. Sûr de son fait, il n’hésite plus à entreprendre des manœuvres de déstabilisation contre un juge dont l’indépendance l’effraie.

Reste une question : un homme d’une telle envergure déontologique peut il être nommé procureur de la République de Paris ?

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