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Michel Mercier ou l’art de la fugue

Communiqués de presse, publié le 19 octobre 2011, mis à jour le 19 octobre 2011

Interrogé hier sur son intention de nommer son propre directeur de cabinet – qui fut aussi celui de son illustre prédécesseur – à la tête du parquet le plus exposé de France, le garde des Sceaux a indiqué qu’il s’agissait d’un « bon professionnel ». Nous voilà rassurés ! Ce choix n’est donc aucunement politique : le fait que François Molins soit son plus proche collaborateur est totalement indifférent à la préférence de Michel Mercier qui, faisant fi avec grandeur de toute basse considération, s’est concentré sur les qualités humaines et techniques de l’intéressé. N’est-ce pas merveilleux ?

Les esprits chagrins objecteront bien sûr qu’il y a sans doute d’autres « bons professionnels » dans la magistrature et qu’il est tout de même surprenant de voir toujours les mêmes noms sortir du chapeau, mais l’essentiel pour la Justice n’est-il pas que ce poste difficile soit occupé par un « bon professionnel » ? Aurions-nous préféré qu’il nommât le dernier des incompétents ? Une nouvelle fois, le sens de l’argumentation de Michel Mercier fait mouche.

Sa capacité à tenir ses promesses n’est pas moins impressionnante. Qu’on en juge. En décembre 2010, à l’instar de gardes des Sceaux très antérieurs, le ministre s’était publiquement engagé à suivre les avis – non contraignants – du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour les nominations au parquet. Il entendait ainsi répondre aux inquiétudes exprimées par la Conférence nationale des procureurs de la République, qui venait de réclamer une « réforme urgente et devenue incontournable » du statut des procureurs et en particulier de leur mode de nomination. Cet engagement a été acté partout, jusque dans les pages du Figaro. Hier pourtant, selon le quotidien lyonnais Le Progrès, il a été demandé à Michel Mercier s’il envisageait de se plier à un éventuel avis négatif du CSM s’agissant de François Molins. La question était évidente et la réponse devait l’être. Elle ne le fut pas : « Je ne vous dis rien du tout » a « coupé court » le garde des Sceaux, visiblement agacé...

Michel Mercier serait-il gagné par la fébrilité au moment où il tente un peu trop ostensiblement, à Bordeaux comme à Paris, de placer des fidèles aux postes les plus stratégiques pour un pouvoir cerné par les affaires ? Celui qui se disait encore récemment très libre par rapport à l’Elysée est-il victime d’un violent retour du refoulé ? Que le garde des Sceaux renie ainsi sa parole, à l’occasion de nominations aussi sensibles, sonnerait comme une nouvelle marque de duplicité et, partant, signerait un terrible affaiblissement de l’autorité judiciaire.

Quant au CSM, ainsi débarrassé de l’insoutenable responsabilité d’avoir à rendre un avis qui obligerait le ministre, se sentira-t-il autorisé – une fois n’est pas coutume – à ne pas être parfaitement d’accord avec lui ? L’histoire le dira vite. Nul doute, dans cette attente, que les tractations suivent leur cours imperturbable pour éviter au garde des Sceaux d’être trop perturbé. Gageons que le CSM saura résister à ces amicales pressions...

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