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Qui a « couvert la faute » ?

Communiqués de presse, publié le 3 février 2011, mis à jour le 9 février 2011

S’exprimant à Orléans sur les suites de l’affaire « de Pornic », le Président de la République a donc choisi la surenchère la plus indigne.

L’idée d’une nouvelle loi contre la récidive ayant été sèchement désavouée jusque dans sa propre majorité, il en appelle maintenant, après les ministres de l’intérieur et de la justice, à la sanction de ceux qui ont commis ou couvert « la faute qui a conduit à un tel engrenage ».

Le Président de la République avait promis de résoudre le problème des multirécidivistes « dès l’été 2007 » : son échec est patent. Pour le masquer il faut donc, évidemment, que des fautes aient été commises par les magistrats et fonctionnaires en charge du dossier du suivi du « présumé coupable ».

La rhétorique est détestable, évidemment, dans sa dimension racoleuse d’un électorat justement choqué par l’horreur d’un drame que la découverte du corps de la victime a réactivée. Mais comment nier que, désormais, il en a malheureusement donné l’habitude … ?

Mais elle est surtout honteuse, parce que celui qui en use cherche ainsi à faire payer par d’autres le prix de ses choix dans l’exercice de ses responsabilités politiques.

Il est maintenant acquis que si Tony Meilhon n’a pas été suivi à sa sortie de prison – pour l’outrage à magistrat qui lui avait valu une mise à l’épreuve - c’est parce que les effectifs des services de l’application des peines de Nantes ne permettaient pas qu’il le soit. De même, d’ailleurs, que les effectifs des services de l’application des peines de la majorité des tribunaux ne permettent pas, non plus, de suivre la situation de tous les probationnaires.

Ainsi, celui qui dénonce si haut et fort cette prétendue « faute », qu’au passage il présume, c’est celui-là même qui a voulu imposer à marche forcée la saignée dans les effectifs de la fonction publique en ne remplaçant qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. C’est celui-là même qui a « couvert » les effets les plus dramatiques de la révision générale des politiques publiques. C’est celui-là même, en somme, qui a permis, qui a voulu, que des conseillers d’insertion et de probation et des magistrats ne soient pas entendus lorsqu’ils crient dans le désert qu’ils ne peuvent plus travailler ainsi.

Le Président de la République se défausse. Au passage, il jette l’opprobre sur la justice. Il n’en a cure, sa certitude d’avoir raison contre toutes les institutions et les professionnels est sans limites. Mais, puisqu’« il y a un moment où il faut employer les mots qui correspondent aux situations et ne pas se voiler la réalité », disons le nettement : il ment à «  nos compatriotes ».

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