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Sarkozy à Bordeaux :
République, j’avilis ton nom

Communiqués de presse, publié le 5 mars 2012, mis à jour le 6 mars 2012

Il fallait une suite à l’infâme discours de Grenoble : ce sera l’abject discours de Bordeaux. Samedi dernier, Nicolas Sarkozy a fait ce qu’il a pu pour effacer un peu plus la limite censée séparer encore la droite de l’extrême droite dans notre pays. Et comme chaque fois qu’il entreprend de singer le Front National, il était essentiellement question des délinquants et des étrangers : « l’anti-France » disait-on autrefois, « ceux qui détestent la France, qui n’aiment pas la République » dit-on aujourd’hui, en prononçant 106 fois le mot pour mieux piétiner la chose. Le lendemain, à Marseille, Marine Le Pen a eu du mal à trouver pire. Il ne lui restait qu’à pousser l’avantage.

Au rayon judiciaire de cette superette rhétorique à l’usage des électeurs frontistes, on trouve de tout, mais toujours n’importe quoi : l’alignement de tous les condamnés sur le régime des récidivistes pour l’octroi d’une libération conditionnelle ; un nouvel élargissement des « peines planchers » au moyen d’une nouvelle définition de la récidive ; la remise en cause de l’aménagement ab initio des peines de moins de deux ans d’emprisonnement – pourtant voté par sa majorité en 2009 – ; un droit d’appel accordé aux victimes « pour les décisions des cours d’assises, la détention provisoire et l’exécution des peines » – pourtant déjà rejeté par son gouvernement – ; l’introduction de « jurys populaires » dans « tous les tribunaux correctionnels », mais aussi en matière de détention provisoire et d’application des peines ; ou encore, la fin de la double compétence civile et pénale du juge des enfants.

En bref, Nicolas Sarkozy propose de continuer à saccager la justice pendant cinq ans, au nom d’une lutte contre la délinquance qu’il a été incapable de mener pendant dix ans.

Il sait déjà que le bilan de l’expérimentation des « citoyens assesseurs » – amorcée il y a seulement deux mois et prévue à l’origine pour deux ans – sera positif, alors que les tribunaux correctionnels sont menacés d’asphyxie et qu’une justice pénale toujours plus inégalitaire se profile. Il veut faire croire que « notre droit des mineurs date de 1945 », alors qu’il a été modifié – et souvent abîmé – une cinquantaine de fois. Il entend liquider les principes posés à l’époque par le Conseil National de la Résistance, tout en se réclamant sans vergogne du Général de Gaulle. Il n’a rien retenu du scandale d’Outreau, qui est d’abord celui de l’abus du recours à la détention provisoire. Il affirme qu’aujourd’hui « la souffrance des victimes n’a pas son mot à dire », alors qu’il n’a cessé de bafouer leurs droits en favorisant les procédures expéditives, en les empêchant de saisir directement le juge d’instruction, en réduisant les crédits alloués aux associations chargées de les assister. Il prétend leur rendre justice, mais il n’a que la vengeance à leur proposer. Il est hostile aux aménagements de peine, alors qu’il s’agit de l’outil le plus efficace pour lutter contre la récidive. Il ne jure que par les « peines planchers », alors qu’elles n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, sauf pour dénaturer le travail des juges et faire déborder les prisons...

Ce président-là, ce candidat en mal de popularité, qui s’accroche au pouvoir en raclant les fonds de tiroir de la droite la plus rance, se moque éperdument de la réalité judiciaire. Les victimes sont ses faire-valoir, les « voyous » ses épouvantails et les juges ses salauds utiles. Quant aux étrangers, voici comment il en parle :

« Je veux dire, pour que les choses soient bien claires, que ceux qui viennent avec l’intention de ne pas respecter nos lois et nos moeurs, de ne pas respecter la propriété d’autrui, de ne pas envoyer leurs enfants à l’école, qui ne sont disposés à faire aucun effort sérieux ni d’intégration ni d’assimilation, ne sont pas les bienvenus en France. On ne peut être les bienvenus en France si la seule justification de sa volonté c’est d’obtenir des prestations sociales. »

Les choses sont claires en effet : Nicolas Sarkozy ne sert pas la République, il s’en sert.

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